Quand analyser rime avec paralyser : passez la 1ère
La période des bonnes résolutions
Nous sommes dans la période des promesses, des engagements, des décisions.
C’est décidé, j’arrête de fumer !!
C’est décidé, je travaille ma communication, je vais être moins agressif envers mes collègues, mes collaborateurs.
C’est décidé, cette année je revois l’organisation de mon entreprise, de mon département.
A chacun ses bonnes résolutions, on croise même parfois des personnes qui prennent toutes ses bonnes résolutions à la fois en ce début d’année.
Des bonnes résolutions qu’on retrouvera à la virgule près au début de l’année prochaine, parce qu’il reste toujours difficile de passer des bonnes résolutions à l’action. Soit parce que la barre est placée trop haute, soit parce que la phase action est sans cesse repoussée. Repoussée par
« fainéantise » ou repoussée par analyse. Combien de personnes, avant de passer à l’action, analysent sous toutes les coutures les conséquences possibles de leur action.
Si les jeunes tunisiens qui ont mis sur le Web des images de policiers brutaux avaient pris le temps de réfléchir aux conséquences possibles de leur action, il est probable qu’ils ne l’auraient jamais fait. Ils doivent être surpris aujourd’hui de la portée de leur action.
Dans cet article, je veux aborder le thème de l’inaction dans les entreprises qui, comme pour chacun d’entre nous, sont souvent victimes des beaux projets qui n’aboutissent jamais, soit à cause de certains profils de manager, soit par absence de méthode.
Les empêcheurs d’action : pyromane ou anaconda ?
En entreprise, à un haut niveau, on rencontre souvent deux types de profils de personne qui n’ont qu’un but : finir l’année comme ils l’ont commencée, même s’ils s’en défendent.
Le premier profil, je l’appellerai ici le Pyromane
Le dernier que j’ai croisé était un directeur marketing. Il a une idée à la minute et réussit à ne pas en mener une seule au bout sans pour autant en être considéré comme responsable.
Chacune de ses idées était, sur le papier, plus brillante l’une que l’autre : c’était toujours le marché qui n’était pas prêt, les commerciaux qui n’étaient pas assez qualifiés pour une telle révolution. Toutes ses phrases commençaient par « si ».
Il faut dire qu’il avait pour lui un vrai talent d’orateur, ne rentrait jamais dans la polémique, prenait toujours les précautions oratoires qui font qu’on ne peut le soupçonner de vouloir parader.
Le deuxième profil, je l’ai appelé l’anaconda.
Beaucoup plus dangereux que le premier, on le trouve facilement dans des comités de direction. Il a une position importante, 2éme, 3éme ou 4éme mais rarement 5éme, trop en retrait et jamais le numéro 1, trop exposé !
Celui qui m’a le plus marqué, je le revois encore. Il a ce que côté sympa, jovial, un vrai boute-en-train, toujours le mot pour rire, toujours le premier à s’enthousiasmer pour une bonne idée, une bonne résolution mais c’est pour mieux l’étouffer.
Après vous avoir encouragé, mis la pression pour que vous veniez présenter votre idée en comité de direction, il vous écoutera avec beaucoup d’enthousiasme, vous arriverez même à lui arracher des : « yes ».
Et tout d’un coup, au moment vous ne vous y attendez pas, avec une petite voix mais ferme, il vous dira « Quand tu dis augmenter la voix, tu veux dire monter d’octave, c’est bien cela !!! » ; « Au fait avant une virgule, on ne met pas d’espaces. » ; « Bon, écoutez, votre projet est loin d’être prêt, revoyez le ! »
Le coup est tellement peu attendu qu’on met du temps pour s’en remettre et quand vous vous représentez, il vous parlera de l’impact financier puis, si cela ne suffit pas, il vous dira qu’il ne pourra pas maitriser les syndicats.
Nous sommes à la fin de l’année et un autre projet chassera le votre. Toutes les idées, les projets dans les entreprises ne meurent pas toujours du fait des empêcheurs de mouvement. Parfois, c’est par manque de méthodes simples pour passer à l’action.
Savez-vous comment on mange un éléphant ? Ou mieux, savez-vous quel est le kilomètre le plus difficile pour aller de Paris à Pékin ?
En entreprise, comme à titre personnel, il n’est jamais facile de passer la première, de passer à l’acte.
Par peur du changement, peur de l’échec, peur des responsabilités ou tout cela à la fois.
C’est vrai qu’il est plus simple de commander une énième étude sur la grille de rémunération de votre entreprise, d’organiser encore une retraite stratégique, une de plus, plutôt que d'agir.
Un peu comme un manager à qui ses collaborateurs reprochent le côté cassant de sa communication ; sa femme a fini par le quitter, se sentant toujours humiliée en public par lui et la plupart de ses copains l’ont fuit.
Après plusieurs années de déni, il se décide à changer. Il peut décider d’améliorer sa communication, il peut même suivre une formation sur la communication. Mais tant qu’il n’aura pas passé la première, le changement ne se mettra jamais en route.
C'est-à-dire effectuer un premier acte fort, trouver son premier morceau d’éléphant à manger. Dans ce cas cela peut être : je consacre une demi-heure tous les matins à appeler ceux qui me sont chers, ceux que je ne veux pas perdre. Je les appelle juste pour leur dire bonjour et avoir un mot gentil. Pas de longue discussion car je me connais : dès qu’on rentre dans une discussion, c’est plus fort que moi, ce n’est pas volontaire mais je suis cassant.
Ce premier acte en entrainera un deuxième puis une troisième, et en général on trouvera rapidement sa vitesse de croisière.
En entreprise, il en est le même. Découper le projet en plusieurs petits projets cohérents et commencer par le plus simple, le moins traumatisant, celui qui dépend de vous et uniquement de vous.
Alors en ce début d’année, l’éléphant planqué dans votre tiroir et que vous ressortez chaque début d’année sans l’avoir entammé, découpez le en petits morceaux.
Trouvez le morceau le plus facile à manger, et passez la première !!!
Comme pour aller à pied à Pékin au départ de Paris, c’est le premier kilomètre le plus difficile.
Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous ne faisons pas, c’est parce que nous ne faisons rien que c’est difficile
Alors action.
Saïd AGBANRIN pour Mane Gere Associés

